En cours de création
LE REVIZOR
de NIKOLAÏ GOGOL
Comédie administrative
Création mars 2027
« Est-ce vraisemblable ? Tout est vraisemblable, la nature humaine est capable de
tout. » – Gogol – Les Âmes mortes
Dans une bourgade provinciale russe, les notables locaux, corrompus et incompétents, apprennent qu’un inspecteur du gouvernement est en route pour vérifier leurs affaires.
Paniqués, ils supposent à tort que Khlestakov, un jeune fonctionnaire désargenté de passage, est cet
inspecteur, et le couvrent d’attentions, de pots-de-vin et de flatteries pour gagner ses faveurs.
D’abord surpris, Khlestakov profite finalement de la situation sans révéler qu’il n’est qu’un imposteur. Il
séduit la fille du gouverneur, extorque de l’argent et des bienfaits, et s’enfuit finalement, juste avant que la vérité n’éclate. Lorsque les notables découvrent leur erreur, l’annonce de l’arrivée du véritable inspecteur les laisse terrorisés.
Mise en Scène : Valéry FORESTIER
Assistante à la mise en scène : Fanny BRANCOURT
Construction Décor/ Création Lumière : François MARSOLLIER
Costumes : Barbara GASSIER
Musique Live : Stéphane MULET
Distribution : Sabrina AMENGUAL, Jean-Pierre ARTUR, Julie AUTISSIER, Benjamin BERNARD, Valéry FORESTIER, Anthony GAMBIN, Frédéric RICHAUD, et Rainer SIEVERT
Production : Le Commun des Mortels, avec le soutien du département d’Ille et Vilaine 35
Co-Production : Pôle Sud – Chartres de Bretagne, Grain de Sel – Séné, Centre Culturel Juliette Drouet – Fougères, Dinan Agglomération, Service culturel de Montfort sur Meu.
Diffusion : La Strada et Cies
Traduction : André Markowicz
INTENTION
Comment une société qui se civilise, se structure, s’organise, peut-elle nous avoir emmenés vers un tel
degré de dégénerescence ? Pourquoi la civilisation fait-elle de nous des monstres ?
C’est en 1836 que Gogol écrit et fait publier le Revizor sur une idée que Pouchkine lui a donnée un an plus tôt. À travers un réalisme des plus grotesques, il trace la satire du pouvoir russe et s’attaque aux abus de l’administration et de la corruption, offrant par là-même une caricature des plus crédibles de l’espèce humaine et de ses absurdes comportements.
Comme toujours et bien évidemment, il y a les sujets apparents, ceux qui nous sautent aux yeux comme un chien à la gorge : nos abus de pouvoir et nos faiblesses oisives, toutes nos paresses d’humanité dans une société autoritaire hiérarchisée, qui s’organise de haut en bas dans une éternelle soumission à l’autorité supérieure.
Dans cette escalade de dominants et dominés, d’oppresseurs et d’opprimés, le plus bas des échelons est
bien entendu le peuple, masse informe, qui dans sa confiance aveugle au pouvoir autoritaire, ou sa mollesse à défendre le peu qu’il lui reste de vie, ne peut qu’être écrasé sous cette cascade de violences.
De cette société russe décrite par Gogol, celle du Tsar, par extension celle de l’URSS, et aujourd’hui celle de Poutine et d’un monde qui devient de plus en plus autoritaire et violent à l’égard des populations, nous pouvons tirer de quoi raconter cette société de la peur dans laquelle nous vivons aujourd’hui.
Nous pouvons poser la question du pouvoir de quelques-uns, et de ses déviances profondes.
Nous pouvons aborder la question de l’autorité, quand elle supplante l’éducation, quand elle privilégie ledressage à la liberté, quand elle pousse chacun à cesser d’agir pour les autres et à le faire uniquement pour soi.
Nous pouvons parler d’une caste de voleurs au pouvoir, qui se gave au détriment de tous, d’une petite mafia qui s’organise pour satisfaire ses envies primaires d’un plaisir immédiat, dans l’oubli du bien être commun, de dirigeants pourris qui ne fabriquent que leur propre pourriture, forts avec les faibles et faibles avec les forts, et qui, à l’heure de rendre des comptes, se révèlent dans leur absence totale de dignité.
Comment attendre alors de la part de dirigeants qui ne donnent plus l’exemple que le peuple soit lui-même exemplaire ?
Dans ce monde où tout devient mensonge, où tout repose sur la peur, chacun s’organise pour ne pas être puni, et avance masqué pour ne pas courir à sa perte.
C’est alors une pièce de la séduction et du faux semblant qui se donne à voir. Une société d’arrière-
pensées, où rien n’est fait par bonté, empathie, désintéressement, mais où tout est conduit avec calcul, où tout appelle à ce qu’il y a de plus sombre en nous.
Comment s’étonner alors qu’une telle société ne produise que de l’hypocrisie et que chacun soit prêt à livrer les autres aux chiens ? Comment s’étonner alors que l’éducation et l’honnêteté disparaissent et que la violence des châtiments encourage le crime et les comportements déviants ?
La farce se transforme alors en tragédie pour révéler le vrai sujet de la pièce, qui se dévoilera grâce au travail approfondi du plateau et permettra de poser cette question : qu’avons-nous fait de notre humanité ?
Prisonniers de cette basse cour où nous trottons vers notre perte comme des volailles sans tête, qu’est-ce qui nous différencie encore des animaux, à l’heure urgente où tout nous demande de penser l’exigence de notre condition ?
Comment (re)trouver l’intimité de cette Humanité fraternelle? Qu’avons-nous fait de la Beauté ?
Comment faire pour ne pas devenir une farce, ne pas être de plus en plus une vaste blague, une histoire
drôle révélatrice de notre propre tragédie ? Nous ne sommes plus des animaux, et pourtant, nos actes, notre conscience et la faculté de penser notre condition font de nous des inhumains…
une pièce de la séduction et du faux semblant qui se donne à voir
Se rappeler qu’être humain demande bien des efforts… c’est notre propos.
Valéry FORESTIER.

